Feta et huile d’olive

 

Je voulais revenir sur le feuilleton grec et les conneries que je lis et que j’entends de la part de gens qui ne comprennent visiblement rien à la réalité des marchés et qui oublient bien rapidement que les responsables de la situation grecque, sont, avant tout, les grecs.

Quand je parle de « réalité des marchés » je ne fais aucun jugement de valeur. Je ne dis pas que c’est bien ou mal, juste ou injuste je dis simplement qu’il y a un fonctionnement du marché de la dette souveraine, avec des opérateurs aux objectifs différents et que ce fonctionnement ne sera pas modifié par le cas grec. Tsipras et Varoufakis peuvent bien taper du pied et froncer les sourcils, ils ne sont rien ni personne et « Le marché » continuera avec ou sans eux.

Quand je dis que les grecs sont responsables de leur situation, ce n’est pas une vue de l’esprit, c’est le cas :

L’état grec à mentit sur sa situation budgétaire. Ils ont truqué leur bilan. Quand cela s’est su, ceux à qui la Grèce avait emprunté ne lui ont plus fait confiance et l’accès au marché de dette souveraine lui a été fermé (en même temps, les taux exigés par les prêteurs sont tellement élevés, presque 30% par an sur 2 ans, qu’emprunter à ces taux est un suicide).

Rien d’illogique à cela. Vous prêtez de l’argent à votre voisin, s’il ne vous rembourse pas, vous ne lui prêtez plus.

Entre 1995 et 2006, l’état grec a fait absolument n’importe quoi avec ses finances et ses dépenses publiques.

La triche et la fraude fiscale sont plus que des sports nationaux, c’est un art de vivre en Grèce. Sur les 17.000 piscines que l’on peut trouver au nord d’Athènes, seules 300 sont déclarées.

Ce pays a fait n’importe avec sa collecte d’impôt. L’Eglise Orthodoxe n’est pas taxée, les armateurs le sont à la marge et je ne parle même du droit des constructions qui vous permettait (permet ?) de vous faire construire une maison, sans payer de taxe et en faisant payer la connexion à l’eau et l’électricité à l’état.

Il faut arrêter de raconter n’importe quoi et reconnaitre que la gestion de ce pays est hallucinante d’incompétence.

Il faut avoir en mémoire que la Grèce a bénéficié  depuis trente ans d’un plan Marshall à la puissance dix, recevant environ 4 % de son PIB chaque année en fonds européens. Et pendant dix ans, elle a pu, grâce à l’euro, emprunter sur les marchés aux taux allemands: en clair, Athènes a bénéficié d’une préfiguration des eurobonds. Bref, entendre dire que l’Europe maltraite la Grèce est un tantinet exagéré et injuste, même si l’on peut avoir des doutes sur l’efficacité des mesures préconisées. Il ne faudrait pas que l’on oublie de s’interroger sur les responsabilités locales dans cette troisième faillite grecque en 120 ans qui montre qu’il n’y a pas de solution magique à cette crise. (Source)

«La quasi-totalité des pays ont fait défaut sur leur dette au moins une fois, et plusieurs fois pour beaucoup d’entre eux, au cours de leur phase d’émergence», observent Reinhart et Rogoff. L’Espagne présente le pire exemple d’un long et difficile apprentissage de la bonne gestion des deniers publics: elle a fait défaut 13 fois entre le XVIe et la fin du XIXe siècle. Ce record tient toujours, la Grèce n’ayant fait faillite que 6 fois à ce jour. Elle reste toutefois le pays qui a passé le plus de temps en situation de défaut ou de rééchelonnement de sa dette, soit la moitié de son existence, depuis son indépendance en 1830. Ces dernières décennies, les cas de faillite ont été moins nombreux «grâce à l’intervention massive des institutions telles que le Fonds monétaire international et la Banque mondiale», relèvent les auteurs. (source)

Une fois que la responsabilité des grecs est posée, parlons des autres, FMI, UE etc…

Le FMI, en tant que créancier spécial, a imposé à ceux à qui il prête de l’argent, des réformes particulièrement mal venues en tant de crise.
De son côté, la UE a fait, en gros, de même.
Ajoutez à cela que ces deux institutions de technocrates ont continué de prêter de l’argent à un pays qui ne peut pas rembourser, repoussant toujours plus loin les décisions importantes à prendre, et vous obtenez la situation actuelle.

Depuis au moins 2012 j’explique que la Grèce ne peut pas rembourser sa dette et qu’elle fera inéluctablement défaut !

On y est !

Ce pays n’aurait jamais dû rentrer dans la zone euro. Jamais. Maintenant qu’il y est, une sortie est dangereuse pour l’Europe (même si elle est, à mon avis souhaitable) dans les conditions actuelles.

Pour préciser ma pensée, sachez que je me fous totalement du sort des grecs s’ils venaient à retourner au drachme. Leur situation est en très grande partie de leur responsabilité, qu’ils se démerdent.

Je suis inquiet pour la France.

La Grèce doit faire des réformes importantes, pas pour plaire au FMI et à l’UE, mais pour préparer les bases de son futur. Sans ses réformes et même si la totalité de la dette était effacée, ce pays referait faillite dans 10 ans ou 15 ans.

Ensuite, la dette de la Grèce auprès des institutions supranationales (FMI, UE et autres) doit être au moins effacée en partie et rééchelonnée. De toute façon, vous pouvez retourner le problème dans tous les sens : La GRECE NE PEUT PAS REMBOURSER.

Une fois que la dette aura été allégée et les réformes indispensables votées, la Grèce pourra retourner sur les marchés pour émettre de la dette obligatoire souveraines de façon classique.

Et là, une fois la situation stabilisée, on pourra discuter de sa sortie de la zone euro.

 

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7 commentaires pour Feta et huile d’olive

  1. Dahu dit :

    J’imagine que vous connaissez déjà la citation, mais je remet la référence ici:

    « Je citerai de mémoire (elle m’avait marqué dans les années 80) cette phrase de Claude Imbert, éditorialiste au Point. Europhile certes, mais beaucoup plus intelligent et cultivé :

    « En favorisant l’entrée de la Grèce dans la CEE le 1er janvier 1981, Giscard s’imaginait inviter Platon au banquet européen. En réalité, il se trouve face à un soudard qui met l’argenterie dans sa poche et insulte les convives. » »

    http://temps-a-venir.blogspot.com.au/2011/11/alors-platon-on-ne-sait-pas-se-tenir.html

    Dinge de voir qu’en 35 ans rien n’a changé. Pour ce qui est de la Grèce, quelle tristesse. Une si grande civilisation dans l’antiquité, un si minable pays de nos jours 😦

    • Skandal dit :

      Je l’avais lu quelque part…

      Effectivement, c’est bien triste pour ce pays mais il fallait s’y attendre.
      Voila ce que donne la dépense publique à outrance et le clientélisme politique envers la fonction publique (toute ressemblance avec un pays de l’Europe de l’ouest n’est pas totalement fortuite).

  2. amike dit :

    Malin ! Vous avez écrit 2 billets en un … dont l’un se suffit en 6 mots : « Je suis inquiet pour la France. »

    • Skandal dit :

      La Grèce est assez représentative de ce que pourrait être la France si on ne réforme pas drastiquement l’Etat, la dépense publique et la structure économique du pays.

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