De l’étatisation du spectacle et de la culture

Selon un rapport parlementaire, un intermittent gagne en moyenne 2.322 euros par mois. Il bénéficie d’allocations chômages plus généreuses que le régime général, mais subit une précarité accrue. (source)

Je vais donc immodestement commenter cette information… (commentaire en bleu)

La semaine dernière, la mission d’information de l’Assemblée nationale a rendu son rapport sur les intermittents du spectacle. Cet épais rapport de 300 pages, fruit de sept mois de travail, permet de dresser un portrait type de l’intermittent, et notamment de décortiquer ses revenus.

1/ combien gagne un intermittent?

Selon le rapport, un intermittent gagne en moyenne 2.322 euros par mois (2.590 euros pour un technicien et 2.020 euros pour un artiste).

Déjà on sent immédiatement la nullité du journaliste car celui-ci ne précise pas si les chiffres donnés sont bruts ou nets…

A la lecture de quelques pages du rapport je vais supposer que ce sont les revenus bruts, mais ce n’est pas clair, nous allons les comparer au revenus bruts moyens et médians en France :

Le salaire brut mensuel moyen dans le secteur privé et public s’élevait à 2912 euros (2202 euros net)
Le salaire net médian s’élève à 1 772 euros par mois, le brut doit tourner autour de 2360 euros par mois. (source)

Si les revenus des intermittents sont effectivement en Brut, alors un intermittent gagne moins que la moyenne.

Cette somme inclut à la fois le salaire et l’indemnité versée par l’assurance chômage au titre de l’intermittence. Cette allocation représente en moyenne 1.805 euros par mois, contre 1.123 pour un chômeur lambda. « Le montant et la durée de versement semblent plus avantageux que le droit commun », pointe le rapport.

Je n’ai rien contre les régimes spéciaux tant que ce n’est pas moi qui les finance. A partir de l’instant ou un régime spécial n’est pas entièrement financé par ses bénéficiaires, ce n’est plus un régime « spécial » c’est un privilège.  

Toutefois, l’allocation versée à un intermittent est encadrée: elle est au minimum de 31 euros par jour (soit 954 euros par mois si tout le mois est travaillé), et au maximum de 4.188 euros par mois.

Certains intermittents sont donc riches, mais ils sont peu nombreux: ainsi, 5.900 intermittents gagnent plus de 4.188 euros par mois, et même 1.900 gagnent plus de 5.400 euros par mois.

2/ combien y’a-t-il d’intermittents?

Le rapport montre que le nombre d’intermittents a explosé. Il cite notamment une étude du ministère de la culture, qui indique que leur nombre a triplé entre 1987 et 2006, passant de 40.000 à 123.000. « Parmi les artistes, la progression des effectifs a été la plus forte pour les musiciens dont le nombre est passé de 5.500 à 26.000 en vingt ans », indique l’étude.

On peut s’interroger sur l’explosion de ce statut. Il semble de plus en plus clair que nombres d’entreprises, y compris publique, usent et abusent de ce système et faisant porter une partie de son coût aux contribuables alors qu’elles profitent de la flexibilité du statut d’intermittent. 

Cette explosion est notamment dû à l’extension du régime de l’intermittence à un nombre croissant de professions, comme l’avait relevé la Cour des comptes. Notamment, depuis 1999, peuvent en bénéficier machinistes, costumiers, éclairagistes, ainsi que les salariés travaillant dans l’édition musicale, la gestion de salles de spectacle, la production et la promotion de spectacles.

Pendant des années, RadioFrance et FranceTelevision ont abusé de ce système. Mais il semblerait que désormais les abus soient moindres.

Le rapport dresse aussi un portrait type de l’intermittent : c’est un homme (à 61%), qui habite l’Ile-de-France (à 44%), qui a un niveau d’études bac +3 (à 27%), et qui a une origine sociale favorisée, avec un père cadre moyen ou supérieur (à 49%).

Oui, et alors ? 

3/ la situation des intermittents est-elle précaire ?

L’explosion de l’intermittence (qui est en pratique un CDD) s’est traduite par une explosion de la précarité dans l’audiovisuel et du spectacle. Depuis 1998, la part des CDI est passée de 59% à 36%.

L’analyse sur une longue période montre que le nombre de contrats d’intermittents a décuplé entre 1989 et 2007, passant de 220.778 à 2,1 million. « Cette progression est largement imputable au secteur audiovisuel », indique le rapport.

Là il faut se demander si le recours aux intermittents du spectacle est justifié dans le secteur audiovisuel. L’Etat n’aurait il pas facilité le recours à ce régime particulier pour plaire et complaire à certains amis ? Il n’y a donc aucun contrôle ?

Surtout, cette progression a été bien plus rapide que le nombre d’intermittents. Résultat: un intermittent effectue en moyenne 16 contrats par an, contre 5 il y a vingt ans. 

Autre phénomène: le nombre d’intermittents a cru plus vite que le volume de travail (+77% entre 1989 et 2007). Autrement dit: le nombre de convives a cru plus vite que la taille du gâteau… Conclusion: chaque intermittent travaille de moins en moins: 67 jours par an, contre 103 auparavant.

Voilà un cas typique ou l’Etat ne remplit par son rôle de régulateur. Il est clair qu’il y a des abus dans l’utilisation du statut d’intermittent du spectacle. L’Etat doit donc sanctionner les sociétés qui abusent ou alors leur faire payer ce régime particulier. C’est son rôle. Et peut être également qu’il faudrait mettre en place un numerus clausus.

Comme le résume le sociologue Pierre-Michel Menger, cité par le rapport: « la fragmentation du travail en contrats de plus en plus courts va de pair avec leur dispersion sur un nombre de plus en plus élevé de salariés, qui accumulent chacun moins de jours de travail, auprès d’un nombre croissant d’employeurs, qui allouent chacun des quantités de travail de plus en plus faibles ».

Une évolution qui « a engendré une fragilisation accrue de la situation des individus en termes de volume de travail et de rémunération », conclut le rapport.

Et voilà le résultat : Un Etat trop gros, trop faible, qui se mêle de ce qui ne le regarde pas et qui, part complaisance, par incompétence, par corruption et à cause du capitalisme de connivence, ne se mêle pas de ce que lie regarde et nous arrivons à une situation où, globalement, tout le monde est perdant : les intermittents parce qu’ils gagnent moins et la Société parce que ça coûte cher. 

 

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9 commentaires pour De l’étatisation du spectacle et de la culture

  1. Emmanuel dit :

    L’Etat, ou : le théâtre permanent d’un spectacle comique par erreur. 🙂

  2. Popeye dit :

    il y a un chiffre qui confirme la perversion du système originel : les techniciens gagnent plus que les artistes!
    Initialement, ce statut d’intermittent ne devait s’appliquer qu’aux artistes, en particulier ceux du spectacle dit « vivant », afin qu’ils puissent consacrer du temps aux répétitions. Répétitions par construction non rémunérés par le prix du billet payé par le spectateur.
    Résultat, après des années de dérive du en grande partie, comme le mentionne le taulier, au fait que l’état se mêle de ce qui ne le regarde pas et se défausse quand il devrait a contrario se mêler de ce qui le regarde au premier chef, l’éclairagiste bien au chaud derrière son projo, la coiffeuse qui attend en loge pour un coup de peigne entre deux prises se retrouvent mieux rémunérés que l’acteur qui s’expose en scène et se fait ch..suer à apprendre ses textes et à répéter, répéter et encore répéter.
    On retrouve grosso merdo la même brillante réussite dans l’hôpital : trop d’administratifs trop bien payés, pas assez d’infirmiers(ères) ou d’aides-soignant(e)s pas assez bien rémunérés pour réellement faire le boulot en première ligne.

    • Skandal dit :

      Se consacrer aux répétions et aux processus de création. Je pense par exemple aux auteurs de théatre ou aux régisseurs généraux sur les films qui, par définition, commencent à être rémunéré quand le film se tourne ou quand la pièce se joue.

      Pour le reste, je suis entièrement d’accord avec vous et je rajoute qu’en plus les techniciens (au sens large) sont, de fait et le plus souvent, des employés de société de production qui pourraient être en CDI mais que la société en question place sous le statut d’intermittent car c’est plus facile, moins compliqué et moins cher.

      Le service publique (France Télévision, Radio France) sont de grands spécialistes de cette formule…

    • Boudoir dit :

      J’ai été intermittent dans ma prime jeunesse, et je confirme ce qui est dit plus haut. Alors que ce statut était sensé protéger les artistes vivant de rares performances scéniques nécessitant des mois de travail non rémunérés, désormais tout le monde, de l’artiste au technicien en passant par le personnel administratif, est en fait « en résidence » et se fait payer au cachet au lieu d’avoir un vrai contrat de travail permanent. Du coup après avoir complété ses heures avec les cachets, on touche les aides de l’Etat pour vivre et on peut bosser au noir la moitié de l’année sans rien declarer. Les « employeurs », allant des petits theatres aux grandes chaines de television, eux aussi sont content: moins de charges à payer et du personnel que l’on peut faire tourner facilement.

      • Skandal dit :

        Boudoir, je suis d’accord avec vous. Le principe de ce statut n’est pas mauvais mais il a été très largement détourné par opportunisme.

        Comme par hasard, le service publique y a très très largement recours.

        Le systéme est complètement perverti et tout le monde y perd sauf les escrocs.

  3. Blablator dit :

    Joyeuse année mon ami, à vos proches et à votre chien.
    C’est également par intermittence que vous respectez la grammaire et l’orthographe ? Il y a une faute à chaque phrase ou presque.

    • Skandal dit :

      Je ne suis pas votre ami, je n’ai pas de chien et oui, je respecte la grammaire par intermittence, faut à l’école de la république et au fait que je suis assez mauvais en orthographe, la science des imbéciles.

      Mais sinon, vous avez quelque chose à dire sur le fond ou vous venez encore troller ?

      • Blablator dit :

        Comme vous annoncez sur votre blog être « certifié punk », je vous voyez bien en punk à chien à faire la manche devant une église. bref, le pauvre type par excellence.
        L’année dernière vous faisiez le mariole en vous déclarant hyper intelligent, mais bon, ne pas savoir conjuguer un futur proche, c’est du niveau CE1…. Donc sur le fond, je voulais juste vous dire que vous êtes une tache.

        • Skandal dit :

          « Comme vous annoncez sur votre blog être « certifié punk », je vous voyez bien en punk à chien à faire la manche devant une église. bref, le pauvre type par excellence. »

          C’est normal vous êtes un crétin. Un crétin qui connait bien ses conjugaisons certes, mais un crétin tout de même. Un crétin qui ne sait pas lire en plus puisque, s’il avait su lire, il aurait lu « certifié punk à diplôme » et non « certifié punk à chien »

          Un crétin qui en plus n’a visiblement aucun sens de l’ironie et du second degré.

          Je vous cite : « je vous voyez bien  » Visiblement, la grammaire c’est pas trop votre truc non plus, cela nous fait un point commun…

          ne pas savoir conjuguer un imparfait de l’indicatif, c’est du niveau CE1…

          « L’année dernière vous faisiez le mariole en vous déclarant hyper intelligent »

          Pas hyper intelligent, juste plus intelligent que vous. Je vous l’accorde, c’est facile et à vaincre sans péril on triomphe sans gloire.

          « Donc sur le fond, je voulais juste vous dire que vous êtes une tache. »

          Je vous le concède, je suis une tache en orthographe, mais vous, vous ne savez pas lire et en plus vous venez commenter sur le blog d’une tache.

          Vous n’êtes pas seulement un crétin, vous en plus un très gros connard.

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