Je n’aurais pas dit mieux

Cette « séquence » me donne une confirmation (ou, j’en avais besoin d’une, ne vous en déplaise) : Macron est une merde un naze qui ne vaut pas mieux que ses collègues oligarques.

Eloïse Lenesley (source)

Il est en marche, et en costume, s’il vous plaît. Venu rencontrer les élèves d’une école du numérique à Lunel, Emmanuel Macron ne goûte guère les tenues débraillées des grévistes qui ont l’outrecuidance de l’alpaguer pour lui expliquer tout le mal qu’ils pensent de cette satanée loi Travail. «Mais moi, je n’ai pas de leçons à recevoir! Si vous n’aimez pas que la France soit bloquée, arrêtez de la bloquer!», les tance froidement le ministre de l’Économie, avec un petit air de premier de la classe qui n’est pas pour apaiser l’ire de ses interlocuteurs. À un jeune syndicaliste lui faisant remarquer que, lui, n’a même pas de «pognon» pour «s’acheter un costume», il dégoupille cette succulente réplique qui enflamme illico les réseaux sociaux: «Vous n’allez pas me faire peur avec votre T-shirt. La meilleure façon de se payer un costard c’est de travailler». Non mais!

Raffarin, Hollande et Mélenchon peuvent aller se rhabiller. Le tailleur de buzz sur mesure, le styliste des vacheries haute couture, le brodeur du prêt-à-rétorquer, c’est lui et personne d’autre. On n’ose imaginer la teneur de la conversation s’il s’était rendu chez Mark Zuckerberg: «Oh toi, le geek pouilleux, tu crois que tu m’intimides avec ton T-shirt Facebook et ton sweat à capuche?» On fantasme de le voir se friter avec son ennemie jurée Cécile Duflot, la reine denim: «Oh toi, l’écolo biodégradable, tu crois que tu me fais flipper avec ton jean?» On se régale à l’avance d’un duel Macron-Sarkozy au second tour de 2017:

– «Ben viens, descends si t’es un homme!»

– «Parce que tu crois que tu m’impressionnes avec ton Kärcher et ta Patek Philippe?»

– «Casse-toi dans ton autocar, pauv’con!»

– «Et toi, va renverser la table au Fouquet’s!»

Là où ça nous chiffonne quand même un tantinet, c’est que le bouillonnant énarque se décarcassait depuis des mois pour détricoter son encombrante réputation de banquier des beaux quartiers et tisser une nouvelle image du type sympa au sourire de velours, ami en dilettante des djeuns de banlieue malgré leur vilaine casquette et leur survêt’ Adidas. Du grand écart vivrensembliste avec une élasticité de Lycra. En une seule phrase, voilà tous ses laborieux efforts effilochés en guenilles. Chassez le naturel et il revient au galop, dans un étincelant carrosse serti d’or et de pierreries. Le tombé de pantalon impeccable, la démarche altière, la richelieu lustrée, il enjambe de sa superbe la plèbe loqueteuse qui grappille de l’espoir en solde pour revigorer un moral passablement sapé par le chômage de masse: «Si tu veux décrocher un entretien d’embauche, fieffé coquin, commence par te secouer les oripeaux pour te payer un trois pièces cravate. C’est le Pacte de Respectabilité. Apprends à lire aussi, sinon tu finiras comme les roturières de chez Gad. Et un conseil de mon président de Tulle 100% synthétique: achète-toi des dents. Des incisives, tant qu’à faire.»

Qu’il le veuille ou non, Emmanuel Macron exsude le mépris de classe et la condescendance. On le pense volontiers sincère lorsqu’il prétend souhaiter aider ceux qui veulent travailler et entreprendre. On salue son courage de s’attaquer, avec une balourdise qui ne fait pas dans la dentelle, aux tabous des 35 heures, de l’ISF, du statut des fonctionnaires, et de rappeler que la réussite sociale n’est pas une maladie honteuse. On partage son exaspération face aux manifestants qui bloquent la France au risque de faire péricliter des petites entreprises. Mais il véhicule une caricature délétère selon laquelle ceux qui ne bossent pas seraient d’incurables feignasses. À l’entendre, s’opposeraient deux catégories de Français: ceux qui veulent s’en sortir et les autres. L’hypothèse était peut-être défendable durant les Trente Glorieuses, elle l’est moins aujourd’hui, dans une société où survivre sous le seuil de pauvreté avec 987 euros mensuels relève de l’exploit et où les recruteurs ne prennent même plus la peine de répondre aux candidatures spontanées. Sa Seigneurie Macron a gravité toute sa vie dans les hautes sphères molletonnées, à l’abri de la précarité ; sa formation à l’ENA a coûté

tout de même la bagatelle de 168 000 euros à l’État. Drapé dans son arrogance gauche caviar, le ministre reste convaincu qu’il mérite ce qu’il a obtenu: il a travaillé pour s’offrir son costard. Qu’a-t-il fait au juste? Arrivé en 2012 en qualité de secrétaire général adjoint de l’Élysée, il a largement étoffé la politique économique et fiscale désastreuse du début de mandat de François Hollande. Il a initié le CICE, qui a davantage servi à augmenter les salaires et sauver des emplois qu’à en créer. Auteur d’une loi controversée passée au 49.3, il rêve de réformer l’assurance chômage qui n’indemnise pourtant qu’un inscrit sur deux pour un montant moyen de 1055 euros nets par mois. À la tête du mouvement «En marche!», grande friperie libérale transpartisane qui recycle un patchwork de concepts flous labellisés «progressistes», il se verrait bien endosser un habit présidentiel un peu trop distendu pour lui, au vu de ses résultats XXS dans une France qui part en quenouille et qui n’est pas dupe de ses coups de com’. Quand il va «mouiller la chemise», raide comme un piquet, aux côtés des pêcheurs d’anguille de l’Etang de l’Or, ils ne peuvent réprimer une petite vanne bien sentie: «On va vous prêter une salopette car avec votre costard à 3000 euros… ça serait con de le salir.» Une proposition déclinée par le principal intéressé, à notre cruelle déception. Proche des vrais gens mais pas trop. La fibre prolétarienne, ce sera pour plus tard.

Emmanuel Macron brille en costume dans sa fastueuse tour d’ivoire, du haut de laquelle il contemple son biotope composé de winners, de start-up, de business angels, de banques et de CSP+. Pendant que tout ce beau monde placarde des rustines sur le Titanic en jouant du pipeau, la populace, qui n’aura pas droit aux canots de sauvetage, attend le déluge en T-shirt Petit Bateau. Ça va être coton.

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2 commentaires pour Je n’aurais pas dit mieux

  1. kobus van cleef dit :

    en fait….faut vendre beaucoup de ticheurtes pour pouvoir se payer un beau costard
    de chez Lagonda
    et une paire de richelieu ( croket & jones ou , soyons fous , johnn lobb )
    faut aussi penser à défrayer le cireur de pompes , mais pas que ce soit trop voyant comme ce pauvre aquilino morelle
    en voilà un , d’ailleurs , qui aurait de quoi râler , ou pavoiser , s’il avait mauvais esprit
    mais du plus profond de l’enfer républicon où on l’aura fait tomber , gageons qu’il n’en voudra pas à ses maîtres

    bon, je sugère pour les ticheurtes ( ma cousine en a vendu, sur les marchés, elle n’a pas de costards, mais a eu plusieurs maris, de vrais cons, et une belle vie, en somme )
    – des avec des inscriptions rigolotes….l’imagination au pouvoir ! lâchez vous !

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