Tout le monde me déteste

Charles Gave, le seul « économiste » qui mérite d’être écouté, me donne raison même si je pourrais aller encore un peu plus loin.

Il y a deux sortes d’anti-libéraux. Les fascistes et ceux qui confondent libéralisme et capitalisme de connivence.

Tout le monde me déteste

Pendant une adolescence quelque peu difficile, j’avais coutume de me balader l’air renfrogné en disant à haute voix « Personne ne m’aime », ce qui mettait ma pauvre mère dans un état second. C’était probablement pour ça que je le faisais. Arrivé à l’âge adulte, je suis assez rapidement devenu libéral ce qui est à l’évidence et surtout en France la façon la plus rapide de se faire détester par tout le monde. D’où j’en déduis que je dois avoir des problèmes psychologiques très profonds et que je devrais aller voir un psy pour corriger ce besoin incoercible de me faire détester par tout le monde.

Parce qu’enfin, si je regarde la télévision (assez rarement) ou si je lis des articles ou des livres (plus fréquemment), s’il y a une constante en France, c’est que tout auteur, tout journaliste aussi intéressant ou rasoir qu’il puisse être introduit toujours dans son discours à un moment ou à un autre  la phrase : « Vous savez, moi, je suis profondément anti libéral»

Par exemple, j’aime bien Onfray qui dît des choses raisonnables assez fréquemment. Or il n’y a pas d’émission où il passe où il ne prononce pas la phrase sacramentelle et où il proclame son antilibéralisme.

Même remarque pour Zemmour, dont nous avons dit du bien sûr ce site au moment de la sortie de son livre « Le suicide Français» et qui lui aussi tire à boulets rouges chaque fois qu’il le peut sur le libéralisme.De même de grands incompétents tels Chirac, le roi fainéant ou Sarkozy, l’agité du bonnet, n’ont cessé soit de dire du mal du libéralisme (Chirac), soit de faire le contraire de ce qu’ils avaient annoncé dans leurs campagnes électorales où ils avaient entonné un chant plutôt libéral (Sarkozy).

Et je ne parle pas de la communauté de pensée entre l’extrême gauche et l’extrême droite sur le sujet, tant l’antilibéralisme semble être le fond de sauce qui permet à tous les extrémistes de diner à la même table.

Et du coup je me pose la question : mais pourquoi tant de haine ?

Et pour répondre, il faut une fois encore revenir à la phrase d’ Albert Camus «Ne pas nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde».

Et quand les ennemis du libéralisme se déclarent « antilibéraux» nous ne sommes guère plus avancées pour discuter avec eux puisque nous ne savons pas de quoi ils parlent, et eux non plus probablement.

Je vais donc me livrer à une petite typologie de ceux qui emploient le mot anti libéral pour essayer de mettre mes idées au clair.

D’après mon analyse-et je peux tout à fait me tromper sur leurs motivations et je les prie de m’en excuser si c’est le cas- des gens comme Onfray ou Zemmour se disent anti libéraux d’abord parce qu’ils assimilent le Libéralisme au capitalisme de connivence qui sévit en France depuis bien trop longtemps.

Et sur ce point, je ne saurai être plus d’accord avec eux.

Le capitalisme de connivence est une abomination et l’influence que certaines banques ou certains groupes industriels exerce en France n’est pas acceptable, pas plus d’ailleurs que le passage de certains personnages de la haute fonction publique à la direction de certaines grandes affaires qui ne dépendent que des contrats étatiques. Il s’agit la d’une forme de corruption inacceptable.

Qui plus est, les auteurs cités et bien d’autres détestent le libéralisme parce qu’ils l’assimilent à la prise de contrôle du débat démocratique par ceux que j’ai appelé « les hommes de Davos » ou les « Oints du Seigneur » les Attali, Minc, BHL et sans doute aujourd’hui Macron.

Pour ces hommes, la France ne représente plus rien, l’avenir appartient à un gouvernement mondial, conseillé par eux bien sur. Là encore, je ne saurai être plus d’accord avec ceux qui ne veulent pas de cette forme de libéralisme.

Le mondialisme n’est pas le libéralisme mais une forme, une fois encore, du capitalisme de connivence. Un certain nombre de grands groupes mondiaux ont pris des positions dominantes ici ou là et entendent les conserver en s’appuyant sur des lois de circonstance qu’ils auraient fait passer en catimini en s’appuyant sur des gens que personne n’a élu et souvent ces lois cherchent à empêcher l’émergence de toute concurrence. Par exemple l’hypertrophie légale et réglementaire dont j’ai parlé récemment et qui touche tous les secteurs n’est qu’une façon de favoriser les gros au détriment des petits qui ne peuvent se payer des services juridiques pléthoriques et qui donc ne peuvent se lancer et faire concurrence aux gros.

On étouffe la concurrence par l’hypertrophie des lois ou par quelque chose comme « le principe de précaution », abomination contre la liberté s’il en fut.

De même, je suis à peu prés persuadé que le traité de libre échange Nord Atlantique n’est qu’une tentative par des groupes dominants de consolider leurs positions de monopole, ce qui est inacceptable.

Au début du XX eme aux Etats-Unis, les « robber-barrons » c’est-à-dire ceux qui avaient réussi à établir pour leurs groupes des positions de monopole ont vu leurs dominations cassées par l’arrivée des lois anti Trust et c’était très bien.

La capture des Etats par des groupes monopolistiques est l’une des maladies mortelles du libéralisme et elle a souvent été décrite comme telle par nombre d’auteurs libéraux.

Et donc je n’ai aucun problème autre que sémantique avec ceux qui ont parfaitement raison dans le fond, mais n’utilisent pas les mêmes mots que les miens pour décrire ce qui est malheureusement une réalité que je déplore tout autant qu’eux.

Il peut y avoir des nuances sur le rôle de l’Etat, mais en les écoutant, je n’ai jamais le moindre doute qu’ils aiment leur pays et qu’ils aiment la liberté.

Avec eux, cela ne doit pas être difficile d’avoir des échanges intéressants.

Ce qui m’amène au deuxième groupe que j’ai appelé dans une chronique précédente les Maurassiens, qui sont anti capitalistes parce qu’ils sont Malthusiens, détestent le progrès technique, le monde Anglo-Saxon, sont antisémites en ayant remplacé la haine des juifs par la haine d’Israël…

On les trouve beaucoup à la gauche de la gauche en France et curieusement aussi à la droite de la droite et bien sûr partout dans le monde musulman. A ceux là, je n’ai pas grand-chose à dire puisque leur pensée est une pensée magique ou religieuse et non pas rationnelle et la tâche dans leur cas est compliquée par le fait qu’ils n’ont pas la moindre intention de discuter avec ceux qui ne sont pas d’accord avec eux puisqu’ils ont la vérité. Par construction, ces gens ne sont intéressés ni par leur pays ou leurs concitoyens ni par l’idée même de liberté comme l’Histoire l’a abondamment montré avec Mao par exemple. Leur but partout et toujours est de créer un homme nouveau, et pour cela de massacrer allègrement les hommes actuels si par malheur ils prennent le pouvoir, ce qu’ils font à chaque fois qu’ils y arrivent.

Venons- en au troisième groupe et ici je vais devoir faire référence encore une fois à Schumpeter. Dans son grand livre « Capitalisme, Socialisme et Démocratie », il fait une remarque extraordinairement profonde : Le capitalisme grâce à la « destruction créatrice » va être à l’origine d’une extraordinaire hausse du niveau de vie. Cette hausse va permettre d’éduquer les populations comme jamais dans l’histoire. A la place d’être un privilège réservé à l’élite, l’enseignement va devenir une possibilité ouverte à l’ensemble de la population. De ce fait, va naître aussi une classe de « faux intellectuels » qui vont manifester une hostilité constante au processus même de destruction créatrice, dont ils ne supportent pas le côté Darwinien. Et donc ils se lanceront en politique pour essayer de capturer le pouvoir et se servir de ce pouvoir pour empêcher tout changement.

On pense bien sur au Parti Socialiste Français, mais aussi à toutes les structures de pouvoir truffées d’énarques ou d’économiste du type Piketty.

Et ils arriveront à leurs fins comme tout le montre aujourd’hui en se servant de la double force de la taxation et de la réglementation.

La capture de l’Etat par cette classe amènera donc inéluctablement à un ralentissement de la croissance et à la stagnation économique, ce qui induira paradoxalement un renforcement de leurs pouvoirs.

On voit la différence avec Milton Friedman qui lui pensait que la Démocratie et le Capitalisme étaient l’envers et l’endroit de la même pièce de monnaie, mais on voit la similitude avec Tocqueville qui craignait l’avènement d’une espèce de « dictature molle ». Nous y sommes.

Hélas, tout semble indiquer que Schumpeter avait vu juste. Ces forces hostiles au capitalisme se maintiennent au pouvoir en « achetant » les voix d’une majorité de la population, en distribuant des prébendes, non pas avec de l’argent gagné mais avec de l’argent emprunté, ce qui ralenti encore la croissance et accentue la dépendance de la population vis-à-vis de l’Etat et donc de cette classe prédatrice.

Et donc ces ennemis du libéralisme sont les seuls qui soient vraiment dangereux et pour notre niveau de vie et pour nos libertés, dont on voit bien qu’elles sont de plus en plus attaquées.

Bien entendu, laissées à leurs propres forces ces tendances amènent à une faillite inéluctable du style de celle de l’Union Soviétique.

Le choix devient de plus en plus clair donc : d’un coté la faillite, de l’autre le sursaut.

Mais le moins que l’on puisse dire c’est que l’offre politique dans notre pays ne semble pas avoir pris conscience de l’importance de l’enjeu.

Grace à Dieu, le futur est inconnaissable, et le pire n’est jamais sur.

Mais il est légitime d’être inquiet.

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