Comment l’Etat français favorise les rentiers (et les fonctionnaires)

La BCE est aussi indépendante que le Pape est gynécologue.

Sa politique monétaire actuelle n’a pas les effets que cette institution d’incompétents promeut (pas de croissance, pas d’inflation) mais elle favorise grandement les marchés financiers (de l’argent peu ou pas productif) et les Etats et gouvernements qui peuvent s’endetter à moindre frais pour financer leurs gabegies, leur clientélisme et les privilèges d’une minorité.

La politique monétaire de la BCE a aussi un autre effet : elle favorise grandement les rentiers qui sont, contrairement à une idée reçu, en très très grande majorité des retraités qui vivent d’une épargne constituée durant une vie entière de travail.

Elle favorise également ceux qui ont un droit à la retraite sur et garantie (donc une rente) : les fonctionnaires.

En revanche elle pénalise grandement ceux qui n’ont pas ou peu d’épargne (les jeunes, les gens à faible revenus, bref, 75% de la population)

L’explication claire et limpide est à lire ci-dessous et sur Ordre Spontané

Source

Département des effets inattendus : la baisse des taux et les rentes

Supposez, par exemple, que nous souhaitions valoriser une rente d’un euro versé tous les ans au cours des trente années à venir le tout, assorti du plus haut niveau de garantie disponible.

Il existe une méthode très simple pour faire cette sorte de calcul : elle consiste tout simplement à se demander combien nous devrions épargner aujourd’hui pour reproduire les mêmes effets ; c’est-à-dire obtenir un euro tous les ans pendant trente ans avec la sécurité qu’apporte la signature d’un États de la zone euro notés Aaa.

Concrètement, le calcul consiste à former un portefeuille théorique de trente obligations zéro coupon — des obligations dont le capital et les intérêts sont remboursés en une seule fois à l’échéance — de telle sorte que la première soit remboursée, principal et intérêts, à hauteur d’un euro dans exactement un an, que la seconde soit pour un euro dans exactement deux ans et ainsi de suite, jusqu’à obtenir la série de flux prévisionnels désirée.

Les données étant gracieusement mises à notre disposition par la Banque Centrale Européenne, vous pourrez facilement vérifier qu’une telle rente valait environ 16.9 euros [1] le 7 avril 2006 et, au 8 avril 2016, vaut désormais 27.2 euros — soit une progression de plus de 60% en dix ans ; laquelle est intégralement imputable à la baisse des taux c’est-à-dire à la politique monétaire mise en œuvre par la banque centrale.

C’est-à-dire qu’à l’heure où, au regard des résultats obtenus ces dernières années, on peut légitimement s’interroger sur l’efficacité de l’action du planificateur monétaire (c’est un euphémisme), il est en revanche un effet de sa politique qui est tout à fait indiscutable : c’est l’explosion de la valeur des rentes.

Schématiquement, deux cas peuvent se présenter : si vous disposiez déjà d’une rente — sous la forme d’un portefeuille obligataire ou de droits à la retraite publique (dont l’administration nous dit, Ô ironie, qu’elle ne vaut rien [2]) — vous avez vu la valeur de votre patrimoine économique réel augmenter considérablement tandis qui si vous devez vous constituer une rente aujourd’hui, vous devez désormais épargner beaucoup plus et donc, consommer moins.

C’est mathématique. Si l’on suppose que la constitution d’un capital pour ses vieux jours fait partie des choses normales de la vie [3], une baisse des taux généralisée implique un effort d’épargne plus important et donc, une consommation moindre.


[1] Les taux donnés par la BCE sont des taux continus, la valeur présente de chaque euro est donc égale à l’exponentielle du taux multiplié par le nombre d’années qui nous sépare du paiement multiplié par moins un.
[2] La retraite par répartition est la grande absente de tous les débats sur les inégalités de patrimoine. L’ironie vient du fait qu’officiellement elle ne vaut rien ; c’est-à-dire que l’État lui-même — via son administration fiscale — fait comme si ses promesses n’avaient aucune valeur.
[3] Contrairement à une idée largement reçue, les rentiers — celles et ceux qui vivent des intérêts produits par leur capital — ne sont que très rarement de jeunes et riches oisifs qui ont perdu leurs parents avant l’heure. L’écrasante majorité des rentiers sont en fait des retraités qui vivent d’une épargne constituée durant une vie entière de travail.

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