FN, un parti antilibéral dans le pays le moins libéral

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Par Nicolas Lecaussin
Un article de l’IREF

FN antilibéral

Après « le choc » du premier tour des élections régionales, on a pu assister à toute une salve d’explications plus ou moins argumentées mais qui ont occulté, à notre avis, un énorme paradoxe. Le Front national est devenu le premier parti politique du pays avec un programme exclusivement antilibéral alors que la France est probablement le pays le moins libéral de tous les pays riches et démocratiques.

Tout le programme économique du FN se résumé à la dénonciation de l’« ultralibéralisme économique », de la mondialisation, de l’Europe et des États-Unis comme étant les suppôts du libre échange et de la libéralisation. Dans l’histoire politique, on a rarement vu un parti arrivé en tête des élections avec des propositions économiques et sociales si éloignées des réalités du pays. Comment peut-on avoir un discours antilibéral dans un pays où l’État confisque 57% de la richesse produite par les forces vives et où le taux de la pression fiscale sur les entreprises de taille moyenne a atteint 62,7% de leur résultat commercial en 2014, selon une étude du cabinet PWC et de la Banque mondiale, ce qui classe la France en deuxième position sur 189 Pays ? Quel est ce pays de l’ultralibéralisme où aucun pouvoir politique, ni de droite, ni de gauche, n’a osé toucher au nombre et aux privilèges des fonctionnaires ?

La France est un pays « ultra-étatiste »

Après la crise de 2008, tous les pays ont engagé de profondes réformes et ont soumis l’État à des cures d’amaigrissement sans précédent. À part quelques réformettes, la France n’a rien fait. Nous avons toujours plus de 6 millions de fonctionnaires qui bénéficient d’un statut à vie qui n’existe plus ailleurs. Ceux qui ont rédigé le programme économique antilibéral du FN savent-ils que la France devrait supprimer 1 600 000 postes de fonctionnaires pour être dans la moyenne des autres pays membres de l’OCDE ? Ou bien que nous avons 90 fonctionnaires pour 1 000 habitants contre 50 pour 1 000 en Allemagne ? Nous avons le marché du travail le plus réglementé en Europe et le Code du travail le plus épais. Notre système de retraite est entre les mains des « partenaires sociaux », dont les syndicats, qui ne représentent plus personne, et les fonds de pension sont interdits aux Français. Qu’y a-t-il d’ultralibéral dans ce pays ? En réalité, la France est un pays ultra-étatiste.

Les idéologues de l’antilibéralisme sont les complices du FN

Ce paradoxe s’explique de plusieurs manières. Les électeurs du FN se fichent éperdument de son programme économique. Dans ces conditions, cela ne sert à rien aux opposants du FN de mener le débat sur ce terrain. Probablement, ces électeurs sont tellement préoccupés et apeurés par les problèmes d’immigration que leur vote est dicté par cette peur. Et aussi par le rejet des autres organisations politiques qui cristallisent tous les échecs accumulés par la France depuis plus de 30 ans. Si le discours antilibéral et antimondialisation a pu s’imposer aussi facilement, c’est aussi parce qu’il a toujours été partagé par la gauche et une, très, grande partie des ténors de la droite. Dans le passé, pratiquement tous les leaders de droite, en commençant par Jacques Chirac et Alain Juppé, ont pris soin de se détacher de toute référence à des personnalités comme Thatcher ou Reagan et à condamner avec véhémence les « ravages de l’ultralibéralisme ». Tout cela avec la complicité de l’Éducation nationale, de la plupart des intellectuels médiatisés et d’une grande partie des journalistes.

Ce rejet du libéralisme, ce « Vade retro, liberalismus ! », s’est nourri aussi de la haine envers les riches et de la détestation de l’Amérique, vue comme le pays des libertés, de la flexibilité et de l’État minimum. Sa réussite sur le plan économique l’a transformée en bouc émissaire pour les idéologues français au lieu d’en faire un modèle. Aujourd’hui encore, on jette des coups d’œil admiratifs vers l’ancien KGBi-ste Poutine et son pays, la Russie, dont l’économie n’a rien à envier à celle d’un État du tiers-monde.

L’étonnement de la plupart des journalistes, des intellectuels, des observateurs ou des hommes politiques face aux victoires électorales de plus en plus fréquentes et de plus en plus importantes du Front national sont de la pure hypocrisie. Par leur idéologie antilibérale, antiaméricaine et antimondialiste, ils ont alimenté et cautionné son discours et son programme économique.

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