Pour ceux qui voudraient en connaitre un peu plus sur le libéralisme

Par Damien Theillier (source)

La récente tribune de Charles Beigbeder publiée par Le Figaro appelle une mise au point, car la vision du libéralisme qui y est présentée est incohérente voire fausse.

Un concentré de tous les poncifs existant sur le libéralisme

Je dois commencer par dire que je partage avec un homme politique comme Charles Beigbeder un certain nombre de valeurs qui me paraissent essentielles pour une vie humaine accomplie : l’enracinement dans une philosophie de l’homme qui associe le respect de la personne avec le patriotisme et l’amour du bien commun. Bref, une anthropologie héritée d’Athènes, de Rome et de Jérusalem, à laquelle s’ajoute la défense des libertés économiques, politiques et religieuses. De surcroît, j’ajoute que je partage son inquiétude quant au déclin des traditions morales et spirituelles qui fondent notre civilisation. Là-dessus, je dis bravo !

En revanche je conteste sa vision du libéralisme, une vision incohérente, historiquement et philosophiquement fausse mais partagée hélas par un grand nombre de conservateurs, qu’ils soient de droite ou de gauche. « Au plan philosophique, écrit Charles Beigbeder, je suis aux antipodes du libéralisme philosophique qui postule l’équivalence de tous les choix de vie, sans aucune hiérarchie de valeurs ni limite ». Cette phrase est un concentré de tous les poncifs et les erreurs existant sur le sujet. D’où vient l’erreur ?

Le libéralisme philosophique n’est pas autre chose qu’une théorie de la justice

L’erreur vient du fait que notre auteur confond complètement le libéralisme philosophique et lelibéralisme économique. L’approche économique est essentiellement utilitariste et de ce fait elle ne peut fournir aucun principe éthique. Elle décrit les causes et les effets, elle raisonne en termes d’efficacité, de croissance, de préférences individuelles, de calcul d’intérêt. On sait qu’un marché plus libre multiplie les possibilités d’abondance et de bien-être, qu’il maximise la satisfaction des agents, tel est le socle commun des économistes du libre-échange.

Mais le libéralisme philosophique consiste justement à introduire un principe moral non utilitariste sans lequel il est impossible de définir objectivement ce que veut dire nuire à autrui et sans lequel il est impossible de distinguer un acte juste d’un acte injuste. Ce principe c’est la propriété naturelle. En effet, la seule définition cohérente de la justice est la propriété naturelle, la libre disposition de soi et de toute possession non volée, c’est-à-dire prise à un autre sans son consentement.

Un peu plus loin, Beigbeder critique la célèbre formule revendiquée par les libéraux : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ». Mais le fait est qu’il ne la comprend pas puisqu’il ajoute : « l’idée que l’on se fait de la gêne éprouvée par autrui est parfois très personnelle et subjective ». En effet, on ne peut la comprendre sans une théorie des droits de propriété. Car nuire à autrui a un sens très précis : c’est l’agression contre la personne ou contre ses biens. Nuire à autrui n’est un crime ou un délit que s’il y a agression physique contre la propriété, c’est-à-dire contre la personne ou contre ses biens. Peu importe si une action nuit au bien-être de certains voire au bien-être de tous dès lors qu’elle respecte cette norme morale de justice. En réalité, la limite du droit de propriété, c’est la justice, c’est le respect du droit d’autrui, c’est la non-agression. Un homme a le droit de faire tout ce qu’il veut avec ce qui est à lui tant qu’il ne nuit pas à la propriété d’autrui. Telle est la limite.

La philosophie politique libérale applique cette norme de la justice à l’État

Le libéral conséquent est aussi celui qui applique le critère universel de la justice, défini comme respect du droit de propriété, à l’État lui-même et aux hommes de pouvoir pour limiter leurs prétentions. En effet, qu’une action soit accomplie au nom du bien commun ne suffit pas à la rendre légitime si elle viole la norme de justice. Celui qui exige de vous par la contrainte légale que vous lui sacrifiez vos droits est un criminel prédateur, quand bien même s’il s’appelle l’État, le gouvernement ou bien le peuple. Quand une spoliation est légale, elle reste une spoliation, c’est-à-dire une injustice, condamnée par la morale naturelle comme par le Décalogue.

C’est pourquoi Charles Beigbeder se trompe quand il affirme : « S’il est démocrate, un vrai « libéral » ne reconnaît aucune loi au-dessus de l’addition arithmétique des suffrages. » Eh bien non ! Pour un libéral, la démocratie n’est légitime que si elle respecte la norme morale de la propriété, c’est-à-dire la liberté pour chacun de décider des affaires qui le concernent, dans la limite de ce qui lui appartient. Mais si elle se transforme en règle majoritaire illimitée permettant de disposer de la personne et des biens d’autrui, elle devient oppressive car elle détruit le droit au lieu de le protéger.

Ainsi un libéralisme philosophique bien compris, tel qu’il a été défendu par les libéraux classiques français notamment (je renvoie notre auteur à la lecture des œuvres publiées surhttp://www.institutcoppet.org) est un libéralisme normatif qui n’est pas autre chose qu’une théorie de la justice fondée sur le droit de propriété. C’est une philosophie qui ne vise pas seulement l’utilité mais la justice comme norme morale rationnelle de l’organisation sociale. Et ce libéralisme bien compris débouche sur une philosophie politique. Car il n’est pas possible de comprendre l’essence de la philosophie libérale, si on ne comprend pas qu’elle a toujours été historiquement définie par une rébellion authentique contre l’immoralité de l’État prédateur et spoliateur, quelle que soit sa forme, monarchique ou démocratique.

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