Jeu vidéo : le ministère de la Culture contre le marché de l’occasion

Et les droits du consommateur, accessoirement (source)

Avec près de deux ans de retard, le ministère de la Culture vient de répondre à la question d’un député au sujet des mesures d’activation que prennent les éditeurs de jeu vidéo. Sa position est pour le moins surprenante : « un jeu […] acheté doit être enregistré […] pour éviter qu’il ne soit revendu ».

Le 12 novembre 2013, le député Alain Rodet adressait au ministère de la Culture une question tout à fait pertinente. Il expliquait que « de façon progressive, les principaux éditeurs de jeu vidéo ont mis en place un système d’activation en ligne de leurs logiciels » nécessitant de l’acheteur « la création d’un compte sur Internet, via une plate-forme spécialisée ». Il attirait l’attention sur le fait « qu’à l’issue de cet enregistrement, le logiciel est lié de façon irrévocable au compte de l’utilisateur », interdisant de facto « — mais sans que cela ne soit clairement explicité — sa cession ultérieure ». […]

21 mois plus tard, la réponse vient enfin d’être publiée… Et vaut clairement le détour. « Dans le cadre de la lutte contre le piratage, et considérant que l’activité de revente de jeux physiques et du pluri-téléchargement des jeux en ligne est préjudiciable au développement de l’industrie et contrevient aux droits des éditeurs, les pouvoirs publics soutiennent ces initiatives. […] »

Comme dans l’article, imaginez que vous n’ayez pas le droit de revendre votre voiture ou tout autre objet que vous avez acheté.

Ce serait tout simplement impensable.

Et après ça il y a encore des gens qui vont m’expliquer que la France est un affreux pays libéral….

Par où commencer… Si on peut considérer qu’en l’absence de marché d’occasion, nombre d’acheteurs devraient se reporter sur du neuf, et ainsi rémunérer les éditeurs, on peut aussi prendre en compte le fait que certains joueurs ne sont pas susceptibles de débourser 70 € pour un unique titre, tandis que le vendeur, lui, utilisera probablement l’argent récupéré pour investir dans un autre jeu neuf. Il n’est donc pas dit que l’occasion soit mécaniquement préjudiciable à l’industrie. D’autre part, il est très étonnant d’évoquer une violation des droits des éditeurs dans le cas d’un jeu revendu par un particulier. Le logiciel ayant déjà été acheté — et non loué —, l’éditeur a de facto abandonné ses droits sur l’objet (solide ou virtuel). Ses prétentions sont donc très limitées et ne l’autorisent en aucun cas à empêcher une revente.

Hélas, du côté du ministère, ce n’est manifestement pas le droit du consommateur qui prime. À en croire ses observations, « après plusieurs années de mise en œuvre, force est de constater que ces mesures ont effectivement permis de changer les habitudes des consommateurs et de faire baisser considérablement le niveau de piratage des jeux vidéo ». En conséquence, « l’ensemble du secteur du jeu vidéo, et en particulier la création française vidéoludique, trouve là une protection indispensable ».

Voila ce qui arrive quand on place à la tête du ministère de la culture des gens qui ne connaissent rien et qui ne comprennent rien à la culture numérique et à fortiori au secteur du jeux video.

Les droits du consommateurs sont clairement et simplement bafoué par le ministère et heureusement que Fleur Pellerin semble ne pas être tout à fait d’accord avec cela.

Affaire à suivre donc mais voila encore une preuve que ce gouvernement et cet Etat ressemble de plus en plus à une « soft dictature » qu’à une démocratie.

Mais surtout, voila encore une preuve que la France n’a rien de libérale ou du moins que les gens qui la gouvernent sont clairement et simplement anti-libéraux.

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5 commentaires pour Jeu vidéo : le ministère de la Culture contre le marché de l’occasion

  1. Paul-Emic dit :

    Je pense que vous faites erreur dans votre conclusion, l’enchainement des jeux au compte utilisateur est une mesure purement libérale crée par des « majors » de l’industrie multimédia avec la bénédiction des grands pays libéraux comme les USA et le royaume Uni. Ce n’est en rien une mesure étatique française.
    certes la France a baissé la culotte, ce n’est ni la première ni la dernière fois, mais elle l’a baissé devant le néo-libéralisme triomphant .

    • Skandal dit :

      « Je pense que vous faites erreur dans votre conclusion »

      C’est impossible…. 😉

      Je ne vois pas le rapport avec le libéralisme et de se débrouiller pour qu’on ne puise pas revendre un bien…

      Que les majors se débrouillent pour se faire un max de pognon, c’est dans une certaines logique mais que les Etats ne défendent pas les consommateurs, c’est anormal.

      Les Etats-Unis et les Royaume Unis ne sont pas des « grands » libéraux. C’est le capitalisme de connivence qui règne surtout la bas. La Suisse ou le Canada sont plus libéraux.

      Mais peu importe, ce n’est pas vraiment le sujet.

      Le respect de la propriété privée, ça c’est libéral et à partir du moment ou vous avez acheté un bien, il n’y a pas de raison qu’on vous refuse de pouvoir le revendre.

      Alors, quand ce bien est dématérialisé, c’est forcément plus compliqué, mais un jeux en boite, c’est simple.

      Surtout que je pense que c’est contre-productif en plus.

      Le plus hallucinant c’est quand même que le ministère de la culture ne défende pas le consommateur. C’est surtout sur ce point qu’on voit que la France et l’Etat Français n’ont absolument rien de libéral.

      • Paul-Emic dit :

        ce que je voulais vous faire toucher du doigt c’est que le libéralisme n’existe pas.
        Soit c’est un « libéralisme » d’État très dirigé, soit c’est une entente entre « majors » dominant le marché. Le libéralisme auquel vous faites souvent allusion, c’est comme la concurrence libre et parfaite, un simple outil pédagogique que personne ne met en œuvre, l’outil-argument du fort au faible qui sert d’arme pour briser le faible .
        De la mesure en tout c’est la seul système qui peut rester humain sans faire l’impasse sur la performance (ou vice versa)

        • Skandal dit :

          Je suis en désaccord avec pratiquement tout votre commentaire mais je ne vais pas me lancer dans une description du concept, ponctué des citations d’auteurs et d’exemples en disant « ça c’est libéral, ça ce ne l’est pas ». Ce n’est pas vraiment le sujet du billet.

          Le libéralisme auquel je vais référence comme vous dites , qui n’est pas qu’économique, loin de la, est à mon avis, ceux vers quoi nous devons nous diriger si nous voulons réduire le chômage, réduire la pauvreté et sauver de la faillite notre système social que tout le monde nous envie mais que personne ne copie.

    • Skandal dit :

      En même temps, que voulez vous attendre d’un ministère qui estime qu’un plug annal géant c’est de la culture…

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