« Payé à ne rien faire » : à la SNCF, un scandale peut en cacher un autre

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Alors que tant de Français luttent contre le chômage et la pauvreté, la SNCF – fleuron ferroviaire mondial ultra-rentable et modèle de gestion cité en exemple dans les ouvrages de référence sur le service client – s’engage pour le partage des richesses et la réduction du temps de travail. Ses efforts sont multiples, mais pour rendre son effort lisible, elle a créé l’emploi parfait : celui de Charles Simon.

Charles Simon est cadre à la SNCF et, depuis 12 ans, perçoit une rémunération attractive – plus de 5.000 euros brut par mois – en l’échange du minimum absolu du temps de travail – zéro.

Charles est responsable de son sort, et se considère comme victime d’une injustice. Il existe une expression pour la situation que vit Charles : il a été mis au placard. On ne lui donne plus rien à faire ; son travail n’a aucune forme d’importance. S’il en est là, c’est parce qu’il a dénoncé une toute petite fraude de 20 millions d’euros.

 

Détourner 20 millions d’euros en une fois, c’est un joli coup. À titre de comparaison, les époux Balkany, « soupçonnés » de fraude fiscale, ont fait l’acquisition au cours de leur irréprochable carrière politique de biens immobiliers « douteux »1 pour environ 12 millions d’euros : une villa aux Antilles à 3 millions d’euros, une propriété en France avec piscine, tennis et golf à 4 millions d’euros et un Ryad à Marrakech à 5 millions d’euros. Si l’épouillage judiciaire s’arrête là pour le couple, ils feront à jamais office de petits joueurs en comparaison avec les malfrats que Charles Simon a tenté de dénoncer.

« Ces manœuvres frauduleuses concernaient, entre autres, la dissimulation d’un rapport de la Cour des comptes relatif au chantier Éole (ligne E du RER) ainsi que des détournements de fonds lors de la construction du TGV Nord », détaille-t-il.

Pour une institution ou un élu, les rapports de la Cour des Comptes sont à peu près l’équivalent d’un mot dans le carnet de correspondance d’un collégien : il se fait au mieux un peu gronder, et puis plus rien. Que quelqu’un cherche à dissimuler un tel rapport nous apprend que :

  • le lecteur averti devait pouvoir deviner derrière le langage policé et suggestif de l’institution un peu plus qu’une blague lourdement potache, et
  • il est plus simple de dissimuler un rapport que d’en altérer le contenu, ce qui est à moitié rassurant.

Comme le soupçonne Charles Simon, l’homme du placard :

« L’attitude de la SNCF n’est pas défendable. Soit il y a bien eu des agissements frauduleux, et il convenait de mener une enquête pour savoir où sont passés 20 millions d’euros. Soit je me trompe, et la compagnie ferroviaire avait largement le temps de prétendre depuis 2003 que tout était clean et qu’il n’y avait rien à voir. Elle ne l’a jamais fait. »

Dans l’intérêt de la compagnie ferroviaire, elle aurait dû mener une enquête pour vérifier les allégations de monsieur Simon. Chercher à savoir où sont ces 20 millions d’euros et soit les récupérer, soit faire toute la lumière sur les divagations d’un cadre payé à ne rien faire. Mais la SNCF peut se permettre à la fois de ne pas chercher à récupérer 20 tout petits millions d’euros et de payer Charles Simon à ne rien faire. Vous connaissez le dicton : c’est pas cher…

Plusieurs personnalités politiques, toutes bien entendu plus recommandables et honnêtes les unes que les autres, ont demandé des explications à l’entreprise – qui, bien entendu, se retrouve maintenant avec une situation sur les bras difficile à gérer. Elle s’en tirera sans doute avec une image un peu écornée mais, étant en monopole, n’en a pas grand chose à faire. Certains pourraient se demander où sont ces 20 millions d’euros, où est ce rapport, le genre de questions dont quelques personnes peuvent sans doute bien se passer.

Beaucoup liront le titre de cet article, et se diront que monsieur Charles Simon a la belle vie. Certains pesteront contre la SNCF, et contre tous les fonctionnaires tant qu’on y est. Bien sûr, il y en a sans doute beaucoup de semblables à lui, payés à ne rien faire. Et encore davantage payés à faire des choses qui ne servent à rien. Mais comme lui, en réalité, il n’y en a pas tant que ça.

Derrière les gros titres aguicheurs, ce « cadre payé à ne rien faire pendant 12 ans » est un homme courageux. Il a repéré quelque chose de suspect, et il l’a dit, en prenant un risque important dont il paie aujourd’hui les conséquences. Il y a pire, bien sûr, que d’être payé à ne rien faire ; mais Charles Simon ne l’a jamais voulu. Il voulait changer les choses, rétablir la transparence et la justice. On l’a évincé. Écarté. Fait comprendre qu’il gênait, et qu’en plus on n’avait pas vraiment besoin de lui. On lui a peut-être même proposé d’acheter son silence, et il aurait refusé. Ce cadre payé à ne rien faire pourrait bien être le héros du jour.

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