Retraites : la France et la Grèce, même épée de Damoclès

Quand je vois ces fonctionnaires, les privilégiés du système, qui chouinent, j’ai de fortes envies de guillotine.

Oui, les salariés du privé payent pour les salariés du publique alors que ces derniers sont privilégiés et avantagés.

L’économiste Christian Saint-Étienne lance un cri d’alarme : le poids des retraites en France se rapproche dangereusement de celui de la Grèce. (source)

Par JEAN NOUAILHAC

L’actualité de ces dernières semaines nous a appris que l’économie grecque était largement plombée par le montant de ses retraites : les Grecs peuvent partir à 59 ans avec une pension moyenne de 1 152 euros qui représente le double du salaire minimum, de l’ordre de 600 euros. Les pensions dans le privé sont largement en dessous de ce montant de 1 152 euros – elles ont été rabotées pendant ces dernières années en raison de la crise –, tandis que, chez les fonctionnaires, elles sont largement au-dessus – on n’y a touché qu’à la marge.

Un parallèle entre France et Grèce

Christian Saint-Étienne, le 23 juin dernier sur LCI, dans l’ »interview éco » du matin, a sorti de son tablier quelques chiffres qui font peur : le poids des retraites en Grèce serait de 17 % du PIB, presque le double des 9 % de la moyenne européenne. Christine Lagarde, qui dirige le FMI, ajoute même (dans une interview à Challenges du 25 juin) que « plus de 75 % de la dépense publique primaire est consacrée aux retraites, aux salaires et aux transferts sociaux, ce qui n’est pas soutenable ». On comprend mieux les critiques du FMI et des institutions de l’Europe à l’égard des Grecs. Notre économiste Christian Saint-Étienne a précisé que si ce pays pouvait ramener le poids de ses retraites à ce niveau de 9 %, il serait largement en excédent budgétaire. Mais surtout, ce qui nous concerne plus, il a ajouté que, « de ce point de vue, un parallèle [pouvait] être fait entre la France et la Grèce », le poids des retraites étant chez nous de 14 % du PIB, ce qui est également énorme.

Si la France, à son tour, pouvait être dans la moyenne européenne, elle serait en excédent budgétaire de la même façon, selon Christian Saint-Étienne, titulaire de la chaire d’économie industrielle au Conservatoire national des arts et métiers et auteur de nombreux ouvrages économiques – le dernier en date, La France 3.0, paru en janvier dernier aux éditions Odile Jacob. Si notre pays se rapproche autant de la Grèce, c’est parce qu’il est atteint de la même maladie : avantager abusivement les fonctionnaires et les régimes spéciaux par rapport au privé.

Les raisons du déficit des régimes du privé

C’est ainsi que, pour des carrières complètes, les pensions de retraite en France sont en moyenne de 1 794 euros pour le régime général du privé contre 2 078 euros (régimes spéciaux), 2 280 euros (fonctionnaires militaires) et 2 456 euros pour les fonctionnaires civils, selon une étude de l’Iref, Institut de recherches économiques et fiscales, en date du 22 février dernier. De plus, les cotisations sont beaucoup plus importantes dans le privé (10,45 % pour la Cnav et 15,5 % pour l’Agirc-Arrco) que dans le public (8,49 %), l’État, pour ses fonctionnaires, assurant le complément avec son budget général, c’est-à-dire avec l’argent des contribuables. Enfin, on sait que, dans la fonction publique et dans les régimes spéciaux, on part à la retraite plus tôt et que ces retraites sont calculées sur les six derniers mois de salaire contre les 25 meilleures années dans le privé. Et, comme si ces différentiels n’étaient pas encore suffisants, les organismes de retraite du secteur privé, sous prétexte de « solidarité », font l’objet de ponctions et de transferts divers au profit des régimes spéciaux de l’ordre de 5 milliards d’euros en moyenne chaque année, ce qui explique pour une bonne part les déficits des régimes du privé.

Dans son étude de février, l’Iref rappelle que les conseils d’administration de la Cnav et de l’Agirc-Arrco sont composés principalement de représentants de syndicats et de fonctionnaires non concernés par ce système de retraite et n’ayant, bien entendu, aucun intérêt à le modifier. Il faut savoir que la seule gestion de l’Agirc-Arrco est hors de prix et revient à près de 2 milliards d’euros par an, selon la Cour des comptes (1,8 milliard pour l’année 2013).

Les super-privilégiés de la fonction publique

Avec ses retraités « normaux », ses privilégiés des régimes spéciaux et ses super-privilégiés de la fonction publique, la France se rapproche donc dangereusement du modèle grec. En espérant des jours meilleurs, il va falloir vivre avec cette épée de Damoclès au-dessus de nos têtes – Damoclès était grec ! ––, à moins de réformer très vite, du sol au plafond, un système scandaleusement injuste dans lequel les Français qui travaillent le moins et le moins longtemps, comme en Grèce, bénéficient le plus et le plus longtemps d’avantages sociaux anormalement élevés, financés par un État horriblement endetté qui, à ce rythme et comme en Grèce, finira par être condamné à une honteuse banqueroute.

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2 commentaires pour Retraites : la France et la Grèce, même épée de Damoclès

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