Ne tirez pas sur le taxi

Un article d’Ordre Spontané :

Les taxis sont très en colère. Ils estiment que les voitures de transport avec chauffeur (VTC) et, plus encore, les applications mobiles (Uber) qui permettent à ces dernières de trouver plus facilement des clients leur font une concurrence déloyale.

En effet, voilà un bon siècle que cette profession s’est organisée pour limiter la concurrence — régulation du nombre de licences [1], fixation administrative des prix etc. — et donc, préserver ses marges au détriment des clients. En 1959, déjà, le Comité Rueff-Armand notait dans son rapport [2] que « la limitation réglementaire du nombre des taxis nuit à la satisfaction de la demande et entraîne la création de « situations acquises », dont le transfert payant des autorisations de circulation est la manifestation la plus critiquable ». La France est un grand pays de traditions.

Or voilà que débarquent les VTC qui, soumis à concurrence, offrent de meilleurs services à moindre coût et donc, en toute bonne logique, taillent des croupières aux taxis. Alors évidemment, les taxis — et en particuliers ceux qui ont payé leur licence plus de 200 mille euros — sont très en colère : ils ont la sensation, justifiée au demeurant, de s’être fait avoir ; avoir par qui ? Eh bien, comme d’habitude : par les politiciens peu scrupuleux qui ont accordé ces avantages aux syndicats de taxi par pur clientélisme.

C’est aussi simple que ça.

Alors oui, les actes de violence auxquels nous avons assisté ces derniers jours sont inacceptables mais, au-delà des quelques mauvaises expériences que nous avons tous eu avec cette profession, considérez bien la situation d’un jeune type qui vient de s’endetter sur cinq ou dix ans pour acquérir sa licence.

S’il l’a payée si chère, cette fameuse autorisation de stationnement qui n’est rien d’autre qu’une résurgeance des charges d’ancien régime, c’est parce qu’en actualisant les revenus futurs qu’il pouvait espérer de cette activité grâce aux bons soins de l’État, la valeur actuelle de l’investissement était clairement positive.

Mais avec les VTC et Uber dans le périmètre, non seulement il perd des clients — et donc des revenus — mais son « petit » capital qu’il espérait réaliser en fin de carrière ne vaut désormais plus rien : c’est la double peine et le pauvre gars n’y est pour rien. On pourra, à loisir, accuser ses prédécesseurs, ceux qui ayant déjà une plaque (éventuellement obtenue gratuitement auprès de l’administration), ont tout fait pour faire grimper son prix à la revente mais ce serait, encore une fois, dédouaner ceux qui sont à l’origine de cette situation.

Voilà où nous en sommes : d’un côté des milliers de gens qui ont l’opportunité de travailler ou, au moins, d’arrondir leurs fins de mois pour le plus grand bonheur des consommateurs et de l’autre, toute une génération de chauffeurs de taxis qui se retrouve le bec dans l’eau et, sans doute pour certains, dans une situation financière très préoccupante, pour avoir trop fait confiance à vous-savez-qui.

Une solution ? Mon Dieu oui, il y en a bien une qui serait à peu près équitable : le responsable de cette situation devrait racheter ces licences acquises à prix d’or. Une paille, surtout dans la situation de nos finances publiques ; la conséquence logique et prévisible de décennies entières de clientélisme et de veulerie érigé en système au nom de l’intérêt général. Bilan des courses : ce sera à vous et moi, en tant que contribuables, de payer les conséquences de politiques imbéciles qui nous ont permis, en tant que consommateurs, de surpayer nos courses de taxi pendant des décennies.


[1] Les Autorisation de stationnement sont délivrées gratuitement par les mairies ou préfectures mais, à la demande des taxis, elles sont délivrées au compte-goutte de telle sorte qu’elle se revendent très chères au marché secondaire.
[2] Rapport sur les obstacles à l’expansion économique dit Rapport du Comité Rueff-Armand (page 44).

 

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5 commentaires pour Ne tirez pas sur le taxi

  1. Les taxis, c’est combien de personnes ? Un peu moins de 50 000 dans toute la France. Et ils nous emmerdent. Leur modèle économique est dépassé, le service est mauvais et très cher. Ils méritent de disparaître. Dans n’importe quel autre secteur d’activité, ça s’appelle faire faillite parce qu’on a fait un mauvais placement. Tant pis pour eux, qu’ils crèvent. En plus de parier contre les clients en comptant sur un marché captif, ils sont désagréables. S’ils étaient un peu malins et dynamique, ils revendraient leurs licence pendant qu’elle vaut encore quelque chose à plus con qu’eux (difficile à trouver quand même), et ils passeraient tous VTC. Mais comme ils ne voient pas plus loin que leur privilèges, ils ne feront rien. Mais je ne m’inquiètes pas pour eux : à force de corporatisme, de violence et de pots-de-vin, leur situation peut perdurer encore 10 ou 15 ans avec l’aide active des politiques.

    • Skandal dit :

      Je compte sur le fait que l’Etat ne pourra pas interdire les VTC (pour UberPop c’est autre chose) et que les taxis disparaîtrons (du moins je souhaite que G7 face faillite !!) ou changerons leur « business model ».

  2. tschok dit :

    Il faudrait peut être une autre bataille de la Marne pour que les taxis remontent dans l’estime collective?

    • Skandal dit :

      Même pas, les VTC iraient déposer les soldats plus vite, avec plus d’amabilité et nos fières combattants arriveraient sur le front reposés et hydratés.

      • tschok dit :

        Voire légèrement ivre, la tradition voulant un quart de pinard au lieu d’une bouteille d’eau minérale.

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