Comment la France sélectionne ses élites : le cas Hollande

Je copie/colle sans aucun scrupule cet article de Claude Robert car il vise juste et touche le problème le plus important de la France : son oligarchie.

Il y a déjà une trentaine d’années, Michel Crozier fustigeait la sélection de l’élite en France. L’ancien juré de l’ENA et sociologue réputé des organisations militait pour une fermeture immédiate de cette école. Il disait à peu près en ces termes « qu’il n’avait jamais rencontré des étudiants aussi fermés intellectuellement ». La sélection par les grandes écoles de ce type est un travers typiquement français : aucun pays développé n’a eu semble-t-il l’idée de construire une « école du pouvoir politique ». Le concept sent bien évidemment le soufre car il contient certains des germes qui conduisent tout droit à une captation du pouvoir : voie d’accès unique, formatage intellectuel unique, méthodes de gouvernance uniques, réseau unique, cooptation/monogamie, étiolement culturel, etc.

Mais le problème de la sélection des élites politiques françaises est encore plus vaste qu’il n’y paraît. Il fallait en effet bien d’autres lacunes dans notre société pour que cette « voie scolaire royale » puisse se développer à ce point. Si notre classe politique est aussi saturée en énarques (ou tout simplement en agents de la fonction publique), c’est forcément parce que d’autres niveaux d’organisation n’ont pas fonctionné de façon optimale. Le cas Hollande est très intéressant à ce sujet, où l’on voit qu’un individu a priori sans compétences et sans expérience particulière pour le poste de Président, se retrouve à la tête de notre pays au plus mauvais moment. Que s’est-il passé ?

La filière politicienne

Le parcours de F. Hollande ressemble d’ailleurs à s’y méprendre à celui d’autres leaders politiques actuels. À croire qu’il existe, au-delà d’une voie royale officielle (l’ENA), un cheminement tout aussi déterminant et qui en constitue le prolongement indispensable : UNEF, Éducation nationale, Parti Socialiste, missions à l’Élysée, direction d’un cabinet de ministre, conseil municipal, députation, Secrétariat national du PS… F. Hollande est devenu porte-parole du PS, Premier secrétaire, député européen, puis maire de Tulle. En 2007, il s’abstient de se présenter aux élections présidentielles qui verront s’opposer S. Royal et N. Sarkozy, mais se présente à celles de 2012 et les gagne contre ce dernier.

La nature d’un tel parcours nous apprend beaucoup sur les travers de notre pays : exclusivement cantonné dans le secteur public et subventionné, celui-ci se trouve de facto protégé de toute contrainte d’efficacité et d’efficience. Alors que la différence entre ces deux notions est une obsession quotidienne chez les chefs d’entreprises, aucune n’a vraiment cours dans ce parcours effectué sous les lambris des hôtels ministériels et municipaux, parmi les arcanes et parfois les alcôves des partis politiques, au beau milieu de leurs joutes florentines si spécieuses.

Quelles sont les qualités qui transparaissent d’un tel pédigree ? Strictement rien n’y démontre un quelconque succès sur les plans économique, social ou managérial. En tant que maire de Tulle, les résultats sont même consternants (endettement record). À l’inverse, on y devine en filigrane un puissant talent relationnel : tout le monde n’est pas capable de naviguer dans les cercles proches du Président Mitterrand et de ses ministres, tout le monde n’est pas capable de manœuvrer de façon virtuose au sein d’un Parti socialiste jusqu’à en atteindre la plus haute marche malgré la cacophonie qui le caractérise à l’époque…

Ce sont indiscutablement des qualités relationnelles, des dons en matière de diplomatie, des capacités à élaborer des synthèses impossibles entre des clans qui ne se supportent pas. Ce sont des compétences, le nier serait malhonnête. Mais suffisent-elles pour faire un Président de la République ? Ne seraient-elles pas plutôt tournées vers la réussite individuelle ? Ne sont-elles pas dramatiquement dénuées des autres qualités indispensables que sont le courage, le pragmatisme, la vision, l’anticipation, l’efficacité, le dévouement ?

Il y a même quelque chose d’effrayant dans ce cheminement car il s’avère être le tremplin le plus efficace pour atteindre la responsabilité suprême, alors qu’il évite la vraie vie économique… Comme une sorte d’ascenseur qui évoluerait au mépris du monde ultra concurrentiel de l’entreprise mais qui permettrait ensuite à ceux qui l’empruntent d’en diriger les règles de fonctionnement…

Il existe donc aujourd’hui, dans la société française, un parcours protégé et comparativement peu exigeant qui se permet le luxe de surpasser l’ensemble des autres parcours pourtant bien plus challengés. En d’autres termes, un diplômé sans la moindre expérience professionnelle réussie a la possibilité de prendre la direction de notre pays et de l’ensemble de son économie parce qu’il aura su barboter dans les cercles idoines. Et de façon tout aussi diabolique, des partis politiques tels que le PS ne sont rien d’autre que des écuries de course qui, loin du monde réel, élèvent en circuit fermé des chevaux pour gagner l’ultime compétition électorale.

Comment en sommes-nous arrivés là ? L’existence de la filière elle-même n’explique pas tout. Pour que de telles choses deviennent possibles, ne faut-il pas compter sur d’autres éléments favorables tels que la bienveillance des médias et la naïveté des électeurs ?

La bienveillance des médias

Depuis le fameux sondage post élection présidentielle, nous savons que 74% des journalistes ont voté F. Hollande. Ce score à la soviétique constitue un splendide raccourci sur le rapprochement qui s’est opéré entre les médias, et les écuries des étalons socialistes.

Il existe beaucoup d’autres pays dans lesquels des journalistes auraient posé quelques problèmes au candidat socialiste en matière de programme économique. Dans une nation qui recule régulièrement d’un point de vue économique et social (chômage de masse, croissance, PIB, PIB/habitant, part de marché mondiale, part de marché industrielle, dette, niveau scolaire, création d’entreprises, etc.) et qui est déjà parmi les champions mondiaux de la pression fiscale et des prélèvements, proposer une réforme fiscale visant à prendre encore plus aux riches et aux entreprises avait en effet de quoi surprendre. Il y avait au minimum matière à débat…

Or F. Hollande a t-il eu des difficultés à faire passer son message égalitariste en dépit d’un contexte qui ne le permettait même plus ?  A-t-il été challengé par la presse et la télévision ? A-t-il dû affronter des débats contradictoires réguliers face à des spécialistes de l’économie et de la politique ? La réponse est clairement négative. Les débats ont été d’une extrême rareté. Et la plupart des médias étant de gauche, le message a été diffusé tel quel, dénué de la moindre critique de fond, comme s’il était  la bonne parole en provenance d’un messie du Bien…

La naïveté des électeurs

Pour accepter un programme économique aussi inepte que celui de F. Hollande, il ne manquait plus qu’une bonne dose de crédulité populaire. Gagner les élections en jouant sur le ressentiment anti-riche, en faisant miroiter le confort des pauvres grâce aux ponctions dans la poche des nantis, et en promettant de réduire le chômage en recrutant encore et toujours plus de fonctionnaires, n’était-ce pas la preuve d’une immense naïveté ? C’est ici sans doute que réside l’un des plus gros problèmes de la France (cf. les statistiques dans « Les différentes formes de pouvoir et le probable futur de notre démocratie »). Certes, l’inculture économique d’une grande partie de sa population n’est que le fruit de décennies de mensonges et de déresponsabilisation. Elle n’est que la triste conséquence d’une captation du pouvoir par une nomenklatura politique chimérique. Elle n’est que le reflet naturel d’une Éducation Nationale qui en a épousé la doxa et qui perpétue auprès de chaque génération le mythe étatique.

Mais maintenant que cette immaturité économique est un fait avéré, comment notre pays peut-il s’en sortir ? Comment peut-il éviter la victoire du populisme contre le principe de réalité ? La victoire de la facilité contre l’effort de désendettement ? La victoire de la fermeture des frontières contre le réveil de notre compétitivité ?

Après des décennies de falsification des faits, de mensonges politiques répétés par les médias, de centralisation du pouvoir, de clonage des profils administratifs au sommet de notre État, le tableau n’est pas brillant. Nous sommes actuellement dans la zone rouge. N’ayons pas peur de le dire : n’importe qui peut gagner les prochaines élections. Les conditions sont idéalement réunies.

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15 commentaires pour Comment la France sélectionne ses élites : le cas Hollande

  1. Jacko dit :

    L’italie a été gouvernée par un capitaine d’industrie de premier plan, et je crois que ça n’a pas donné des résultats probants malgré les connaissances du monde de l’entreprise de ce triste clown.

    Sinon, on a eu récemment un avocat d’affaires, actionnaire de son cabinet, maintenant un expert en géostratégie à 150 000 dollars la conférence comme président, et bon, pareil, il n’a pas fait de miracles. On comprend juste pourquoi il avait fait voter une niche fiscale pour les investisseurs Qatariens. Ces derniers le remercient actuellement via des conférences bidons.
    Et donc avec un président « issu du monde de l’entreprise », vous n’êtes pas à l’abri qu’il gouverne avec comme unique préoccupation de faire du business… cf cette ordure de Dick Cheney qui vendait des fournitures militaires d’un côté (casquette chef d’entreprise) tout en faisant la guerre à Hussein (casquette vice président des USA).

    Bref, y a pas de solution miracle mais je préfère un énarque à une pourriture comme Cahuzac, qui était lui même également propriétaire d’un bizness juteux d’implants de cheveux.

    • Skandal dit :

      Plusieurs chose à dire.

      1) L’Italie n’est pas la France.

      2) Vous parlez de Sarkozy l’avocat, donc profession libérale. Sarko n’a jamais mis les pieds dans une entreprise.

      3) « Et donc avec un président « issu du monde de l’entreprise », vous n’êtes pas à l’abri qu’il gouverne avec comme unique préoccupation de faire du business »
      Effectivement, nous ne sommes pas à l’abri mais comme cela n’a jamais essayé et que les énarques sont factuellement nocif pour notre pays, nous n’avons pas grand chose à perdre à tenter.

      4) Cahuzac; profession libérale aussi…

      Et il n’y a pas que le président. Les ministres et surtout les hauts fonctionnaires, c’est à dire ceux qui vont marcher la machine législative, ceux qui font tourner cette immonde boursouflure infâme qu’est l’administration Française, eux sont énarques et ce sont eux qui détiennent réellement le pouvoir de nuisance. ce sont eux qu’il faut éradiquer.

      Effectivement, il n’y a probablement pas de solution miracle mais de fait, la réalité démontre chaque jour que l’ENA forme des gens incompétents et nocifs. Il faut donc supprimer cette école. Ensuite, après avoir essayé cela, vous pourrez peut être dire qu’avoir des types venant du privé c’est pas mieux.

      • Jacko dit :

        Un avocat d’affaire…. même si je ne sais pas si Sarko y allait souvent, servant uniquement à fournir son carnet d’adresses comme apporteurs d’affaires, bref, un avocat d’affaires, en général, il est là pour voir que les contrats sont carrés, pour gérer des projets de fusion/acquisition … bref, en principe, ça doit quand même savoir un peu comment une boite tourne.
        Après, y a boite et boite, et les problématiques d’un boucher, ne sont pas les mêmes que celle du PDG d’une multinationale. Et donc l’un comme l’autre n’aura pas une vision complète des problématiques de l' »économie ».

        • Skandal dit :

          « Après, y a boite et boite, et les problématiques d’un boucher, ne sont pas les mêmes que celle du PDG d’une multinationale. »

          Tout à fait exacte mais à la têt de notre pays nous n’avons jamais eu ni boucher ni PDG, nous ne pouvons donc savoir s’ils seraient meilleurs.

          Le fait est que, factuellement, les énarques sont mauvais, il faut donc essayer autre chose, un boucher par exemple ou un PDG…

  2. tschok dit :

    On peut toujours supprimer l’ENA si ça nous chante, mais on la remplacera par autre chose, puisqu’il faut bien former la hauts fonctionnaires.

    Retour à la case départ.

    • Skandal dit :

      Pourquoi faudrait il former les hauts-fonctionnaires ?

      Avant l’ENA ils n’étaient pas « formés » et ça marchait visiblement mieux.

      Mais sinon on peut aussi ne rien faire du tout, laisser tout ce qui ne va pas, ne pas aller et ne surtout pas essayer autres choses de peur que ce soit mieux… C’est que font la gauche et la droite depuis 40 ans.

      Le résultat est probant…

      • tschok dit :

        Bien sûr que si ils étaient formés! Mais pas par une école spécialisée.

        Sauf Polytechnique dans le domaine des techniques. Ou Normale sup pour les profs.

        Quand l’activité de l’administration s’est tertiarisée, vers le début du XXe S, il a bien fallu se poser le problème de la formation des cadres dans ce domaine.

        C’est Vichy, avec l’Ecole des Cadres d’Uriage, qui a posé la première brique de l’ENA. Enfin, disons, dans le concept;

        • Skandal dit :

          « Bien sûr que si ils étaient formés! Mais pas par une école spécialisée. »

          Exactement… C’est pour cela que j’ai mis formé entre guillemet.

          Le fait est que depuis qu’il y a l’ENA et que 99% de nos dirigeants en sortent, la situation de la France et des Français se détériorent.

          J’ajoute que les performances des énarques quand ils sont dirigeants d’entreprises sont également systématiquement moins bonnes que celles de gens venant d’ailleurs.

          L’ENA forment des gens mauvais il faut donc supprimer cette école.

        • tschok dit :

          Quand vous pêchez le mauvais poisson, vous supprimez la mer?

          Skandal, il faut rompre avec la pensée magique;

        • Skandal dit :

          « Skandal, il faut rompre avec la pensée magique »

          Quelle pensée magique ? De fait l’ENA forme des gens mauvais qui nuisent à la France et au Français, il faut donc supprimer l’ENA.

          La folie c’est de faire toujours la même chose et de penser que les résultats vont être différent. Seriez vous fou ?

          Et puis je trouve assez comique que vous me parliez de pensée magique alors que les politiques et les gens de votre obédience prônent depuis 40 ans des « solutions » maintes fois essayés et qui ont maintes fois échoué.

          Je ne propose rien de magique, je propose d’essayer des choses qui n’ont jamais été essayées.

        • tschok dit :

          Les gens de mon obédience?

          Euh…

          J’aimerais pouvoir vous dire que je suis à moi seul le prodrome d’une légion qui me suit en marchant dans mes traces, mais… non, en fait.

          Je crains qu’il n’existe assez peu de gens de mon « obédience », comme vous dites, et je peux vous garantir que nous ne marchons qu’en ordre dispersé.

          Bon. Permettez que je vous imprime une discipline: à chaque fois que vous avez envie de supprimer quelque chose, comme l’ENA, ou les syndicats, ou le statut de la fonction publique, mettez vous dans l’esprit que je vous dis oui.

          Mais, que je vous impose une obligation: par quoi la remplacer, en mieux.

          Jusqu’à présent vous tenez un discours de destructeur: supprimer ceci, supprimer cela. C’est basique, con et efficace. Beauf, en somme.

          Voilà donc la règle: une suppression, une création.

          Jusqu’à maintenant vous aviez la gomme, je vous donne le crayon. Dessinez!

          PS: petite vacherie, c’est moi qui vais tenir la gomme, maintenant.

        • Skandal dit :

          Quand je pêche le mauvais poisson je le rejette et je me démerde pour ne plus le pêcher.

          Si je repêche le même mauvais poisson 40 fois de suite, je change de lieu de pêche…

        • Skandal dit :

          Vous pensez que vous pouvez m’imposer quoi que ce soit ? Bon courage…

          Pourquoi faudrait il systématiquement remplacer les trucs qui ne marchent pas ? Pourquoi faudrait il remplacer l’ENA ? Et pourquoi remplacer le statut de fonctionnaire ?

          Nous n’avons pas besoins d’énarque ni même de fonctionnaires formés à être fonctionnaire. La plupart des autres pays du monde s’en sortent très bien csans équivalent à l’ENA. Et nous n’avons pas non plus besoins du statut de fonctionnaires, des employés en CDI sont plus que largement suffisant et en plus on pourra parler d’égalité…

          « Jusqu’à présent vous tenez un discours de destructeur: supprimer ceci, supprimer cela. C’est basique, con et efficace. Beauf, en somme. »

          Si c’est efficace, c’est con et beauf ?? Bizarre comme conception…

          Donc pour vous un truc « noble », ce doit être compliqué, intelligent mais inefficace ?

          Mon discours c’est celui de la destruction créatrice.

          « Voilà donc la règle: une suppression, une création. »

          Mais d’ou tenez vous une pareil stupidité ?

  3. DF dit :

    C’est à comparer avec la diversité des profils des conseillers fédéraux suisses d’hier et d’aujourd’hui – je vous laisse vous faire une idée en consultant les biographies de ces gens qui gouvernent actuellement le pays voisin du nôtre: http://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_f%C3%A9d%C3%A9ral_(Suisse)

    Pas un seul qui vient d’une école d’administration, notez. Ce qui n’enlève rien à l’intérêt de telles formations en Suisse (type http://www.idheap.ch) , j’en sais quelque chose.

    • Skandal dit :

      Mais la Suisse est une démocratie, pas une oligarchie de fonctionnaires et de subventionnés comme la France…

      Le fonctionnement démocratique et administratif de la Suisse est un exemple à suivre !!

      Ayant de la famille la bas, j’y vais régulièrement et je suis à chaque fois agréablement surpris par le fonctionnement de ce pays. J’aime bien aussi le coté fédéral.

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